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Private equity

Comprendre le private equity : la mécanique d'un LBO, des frais et des indicateurs de performance

Par Publié le Mis à jour le 14 min de lecture Article n°59

Le private equity est présenté comme la classe d'actifs la plus rentable sur longue période. C'est aussi la plus opaque. Pour juger une offre, il faut comprendre trois mécanismes : comment un fonds crée de la valeur, comment il se rémunère, et comment il mesure sa performance.

En bref

Un fonds de private equity investit dans des entreprises non cotées, le plus souvent par rachat avec effet de levier, le LBO. La valeur vient de trois sources : la croissance des résultats, l'expansion du multiple de valorisation et le désendettement. Dans un exemple simple, une entreprise dont les résultats progressent de 5,4 % par an peut offrir un TRI de près de 19 % aux actionnaires grâce à la dette. Le gérant prélève en général des frais de gestion d'environ 2 % et 20 % des gains au-delà d'un rendement minimal. La performance se lit avec le TRI, le TVPI et surtout le DPI, l'argent réellement rendu.

StructureFonds fermé d'environ 10 ans, géré par un GP, financé par des LP
Stratégie dominanteLe rachat avec effet de levier, ou LBO
Sources de création de valeurCroissance, expansion du multiple, désendettement
Rémunération classique2 % de frais de gestion, 20 % des gains au-delà de 8 %
IndicateursTRI, TVPI, DPI, RVPI, comparaison au marché coté
Accès pour les particuliersFCPR, FCPI, ELTIF, unités de compte en assurance-vie

1. La structure d'un fonds

Un fonds de private equity est le plus souvent un fonds fermé, d'une durée d'environ dix ans, prolongeable. Il réunit deux types d'acteurs : la société de gestion, le GP pour general partner, qui sélectionne et gère les participations, et les investisseurs, les LP pour limited partners, qui apportent l'argent.

PhaseDurée habituelleCe qui se passe
LevéeQuelques moisLes investisseurs s'engagent sur un montant, sans tout verser
InvestissementAnnées 1 à 5Le gérant appelle les fonds au fur et à mesure des acquisitions
GestionAnnées 3 à 8Il transforme les entreprises : croissance, acquisitions, efficacité
CessionAnnées 4 à 10 et plusIl revend et distribue le produit aux investisseurs

L'argent n'est donc ni versé en une fois ni récupéré en une fois. C'est ce qui produit la courbe en J : la trésorerie de l'investisseur est négative pendant plusieurs années, puis se redresse au fil des cessions.

2. La mécanique d'un LBO, en chiffres

Dans un rachat avec effet de levier, le fonds achète une entreprise en finançant une grande partie du prix par de la dette, remboursée ensuite grâce aux flux de trésorerie de l'entreprise elle-même. Exemple illustratif :

À l'achatÀ la revente, 5 ans plus tard
Résultat d'exploitation avant amortissements1013
Multiple de valorisation10 fois10 fois
Valeur d'entreprise100130
Dette6035
Fonds propres4095

Le fonds a investi 40 et récupère 95, soit un multiple de 2,4 fois et un TRI de 18,9 % par an. Sans dette, en finançant les 100 en fonds propres, il aurait récupéré 130, soit un TRI de 5,4 % par an, exactement la croissance des résultats. La dette a multiplié le rendement par plus de trois.

Le levier fonctionne dans les deux sens. Si le multiple de revente tombe à 9 fois, les fonds propres ne valent plus que 82, pour un TRI de 15,4 %. S'il monte à 11 fois, ils valent 108, pour un TRI de 22 %. Et si les résultats baissent au lieu de monter, la dette peut absorber toute la valeur des fonds propres.

3. D'où vient vraiment la performance

Dans l'exemple, les fonds propres passent de 40 à 95, soit 55 de création de valeur. On peut la décomposer :

SourceContributionCe que ça mesure
Croissance des résultats+30La valeur créée dans l'entreprise
Expansion du multiple0Le marché paie plus cher les mêmes résultats
Désendettement+25La dette remboursée par l'entreprise
Total+55

Cette décomposition est la bonne question à poser à un gérant. Une performance qui vient surtout de l'expansion des multiples, comme dans la décennie 2010 où les taux bas faisaient monter tous les prix, n'est pas reproductible. Une performance qui vient de la croissance des résultats témoigne d'un vrai savoir-faire.

En private equity, la question n'est pas combien le fonds a gagné, mais d'où vient le gain : de l'entreprise, de la dette ou du marché.

Depuis la remontée des taux en 2022, les deux leviers faciles se sont grippés : la dette coûte plus cher, et les multiples ne montent plus mécaniquement. Les cessions ont ralenti, les distributions aux investisseurs aussi, et certains gérants recourent à des fonds de continuation, où ils se revendent à eux-mêmes des participations qu'ils n'arrivent pas à céder.

4. Comment le gérant se rémunère

Le modèle classique est appelé « 2 et 20 » :

  • Frais de gestion : environ 2 % par an, calculés sur les montants engagés pendant la période d'investissement, puis souvent sur les montants investis.
  • Intéressement, ou carried interest : 20 % des plus-values, au-delà d'un rendement minimal, le hurdle, souvent de 8 % par an.
  • Rattrapage : une fois le hurdle atteint, le gérant perçoit une part plus importante des gains suivants, jusqu'à avoir rattrapé ses 20 % sur l'ensemble.

Résultat : l'écart entre la performance brute, celle des entreprises, et la performance nette, celle de l'investisseur, est souvent de plusieurs points de TRI par an. Pour un particulier qui passe par un fonds de fonds ou une unité de compte d'assurance-vie, une couche de frais supplémentaire s'ajoute. C'est le premier point à vérifier.

5. Les indicateurs à exiger

IndicateurFormuleCe qu'il dit
TRI netTaux qui annule la valeur actuelle des fluxLa rentabilité annuelle, calendrier compris
TVPI(Distributions + valeur résiduelle) ÷ montants versésLe multiple total, réalisé et latent
DPIDistributions ÷ montants versésL'argent réellement rendu
RVPIValeur résiduelle ÷ montants versésLa part encore estimée, non réalisée
Équivalent marché publicMêmes flux investis dans un indice cotéCe qu'aurait rapporté un ETF aux mêmes dates

Le TVPI est la somme du DPI et du RVPI. Un fonds avec un TVPI de 1,8 fois mais un DPI de 0,3 fois n'a rendu que 30 % de l'argent investi : le reste dépend de valorisations qui ne seront confirmées qu'à la vente. Dans un marché où les cessions ralentissent, le DPI est l'indicateur le plus honnête.

La comparaison au marché coté, proposée par les chercheurs Steven Kaplan et Antoinette Schoar en 2005, est indispensable : un TRI de 12 % n'a de valeur que s'il dépasse ce qu'aurait rapporté, avec les mêmes flux, un placement en actions cotées liquides.

6. Les angles morts : lissage, dispersion, liquidité

  • La volatilité lissée. Les participations sont évaluées chaque trimestre, avec retard et prudence. La volatilité affichée paraît donc bien plus faible que celle des actions cotées, alors que le risque économique d'une entreprise endettée est plus élevé. Le private equity n'est pas moins risqué que la Bourse : il est moins souvent mesuré.
  • La dispersion. L'écart entre les meilleurs et les moins bons fonds est bien plus large qu'en gestion cotée. La moyenne du secteur dit peu de chose : tout dépend du gérant, et l'accès aux meilleurs est réservé aux grands investisseurs.
  • La liquidité. L'argent est bloqué pendant des années. Les fonds dits semi-liquides, accessibles aux particuliers, prévoient des limites de rachat en cas de demandes massives.

Pour les particuliers, l'accès passe par les FCPR et les FCPI, par les ELTIF, des fonds européens rénovés en 2024 pour être plus accessibles, et par des unités de compte en assurance-vie ou en PER. Ces véhicules ajoutent souvent leurs propres frais à ceux des fonds sous-jacents.

Conclusion

Le private equity crée de la valeur quand le gérant fait croître les entreprises qu'il achète. Il amplifie cette valeur par la dette, ce qui amplifie aussi le risque. Et il en prélève une part importante par ses frais.

Avant d'investir, quatre questions suffisent à trier les offres : d'où vient la performance passée, quel est le DPI, combien coûte l'ensemble des couches de frais, et combien de temps ton argent sera bloqué. Si la réponse à l'une d'elles est floue, c'est une réponse.

Cet article est pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les chiffres des exemples sont illustratifs, sauf mention contraire. Investir comporte un risque de perte en capital. Le private equity présente un risque de perte en capital et une liquidité très réduite.

Mon avis

Nicolas Domnesques, conseiller en investissements financiers

Le private equity arrive désormais chez les particuliers par la petite porte : la loi Industrie verte a ouvert le non-coté aux contrats d'assurance-vie et aux gestions pilotées de PER. Certains épargnants en détiennent déjà sans le savoir. Ma première question en rendez-vous est donc simple : combien de couches de frais séparent ton euro de l'entreprise rachetée ?

Un point que l'on aborde rarement, c'est le millésime. Un fonds qui a acheté cher en 2021 avec de la dette bon marché n'a pas la même trajectoire qu'un fonds qui investit après la remontée des taux. Personne ne sait choisir la bonne année à l'avance. C'est pourquoi je préfère étaler les engagements sur plusieurs millésimes plutôt que tout miser sur un seul fonds.

Et je garde une règle de dimensionnement stricte : une poche minoritaire, sur de l'argent dont tu n'auras pas besoin avant dix ans.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le private equity ?

L'investissement en capital dans des entreprises non cotées, le plus souvent via des fonds fermés d'environ dix ans gérés par une société spécialisée.

Qu'est-ce qu'un LBO ?

Un rachat avec effet de levier : le fonds achète une entreprise en finançant une grande partie du prix par de la dette, remboursée ensuite par les flux de trésorerie de l'entreprise.

Que signifie « 2 et 20 » ?

Environ 2 % de frais de gestion annuels et 20 % des plus-values pour le gérant, au-delà d'un rendement minimal souvent fixé à 8 % par an.

Quelle différence entre TVPI et DPI ?

Le TVPI mesure la valeur totale, distribuée et estimée, rapportée aux montants versés. Le DPI ne compte que l'argent réellement rendu aux investisseurs.

Le private equity est-il moins risqué que la Bourse ?

Non. Sa volatilité paraît faible parce que les participations sont évaluées rarement et avec retard. Le risque économique d'entreprises endettées est au moins aussi élevé.

Comment un particulier peut-il investir en private equity ?

Via des FCPR, des FCPI, des ELTIF ou des unités de compte en assurance-vie et en PER, en vérifiant l'ensemble des frais et la durée de blocage.

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