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Warren Buffett confie Berkshire à son fils : ce que soixante ans de capitalisation apprennent à un épargnant

Par Publié le Mis à jour le 11 min de lecture Article n°34

À 96 ans, l'investisseur le plus suivi du monde quitte la présidence du conseil. Derrière la succession, trois leçons qui valent pour n'importe quel portefeuille.

En bref

Warren Buffett, 96 ans, quitte avec effet immédiat la présidence du conseil de Berkshire Hathaway, qu'il occupait depuis 1965. Son fils Howard, 71 ans, agriculteur dans l'Illinois, prend la présidence non exécutive. Le vrai patron reste Greg Abel, directeur général depuis 2025. Sous Buffett, le rendement annuel composé a atteint 19,7 %, près du double du S&P 500. Mais l'action ne gagne qu'environ 1 % en 2026, contre plus de 11 % pour l'indice.

Annonce18 septembre 2026, avec effet immédiat
Nouveau présidentHoward Buffett, 71 ans, non exécutif
Directeur généralGreg Abel, en poste depuis 2025
ValorisationPlus de 1 000 milliards de dollars
Performance historique19,7 % par an sur soixante ans
Liquidités365,5 milliards de dollars à allouer

1. Ce qui a été annoncé

Le 18 septembre 2026, Warren Buffett a annoncé quitter avec effet immédiat la présidence du conseil d'administration de Berkshire Hathaway. Il l'occupait depuis 1965, soit plus de soixante ans.

Son fils Howard, 71 ans, deuxième de ses trois enfants, prend la présidence. Warren Buffett reste président émérite et conserve un siège d'administrateur. Susan Decker reste administratrice indépendante principale.

Cette transition achève une succession engagée il y a un peu plus de neuf mois, quand Greg Abel a pris la direction générale. Buffett a d'ailleurs salué les premiers mois de son successeur, qui auraient dépassé ses attentes « extrêmement élevées ».

Un détail qui compte pour comprendre la suite : Buffett était resté très impliqué. Il a révélé en juillet être à l'origine d'un investissement de 10 milliards de dollars dans Alphabet, devenu la troisième participation boursière du groupe derrière Apple et American Express.

2. Pourquoi le fils, et pourquoi ce n'est pas du népotisme

La phrase a fait le tour du monde : « Il obtient ce poste parce qu'il est mon fils. » Buffett l'assume, et l'explication mérite d'être lue en entier.

Howard Buffett n'est ni gérant de fonds ni dirigeant opérationnel. Il exploite une ferme dans l'Illinois, siège au conseil de Berkshire depuis 1993, est passé par les conseils d'ADM, de Coca-Cola Enterprises et de ConAgra, et a même été brièvement shérif du comté de Macon.

Il sera président non exécutif. Il ne choisira aucun investissement et ne gérera aucune filiale. Sa mission, selon son père : « veiller à la culture et aux valeurs » du groupe, « deux éléments qui valent bien plus que tout ce qui figure à notre bilan ».

RôleQuiResponsabilité
Directeur généralGreg AbelToutes les décisions opérationnelles et d'allocation du capital
Président du conseilHoward BuffettCulture, valeurs, gardien de l'esprit du groupe
Président émériteWarren BuffettAdministrateur, actionnaire, conseil

Buffett sépare le pouvoir en deux : les décisions à un professionnel, l'héritage moral à la famille. Pour un actionnaire, c'est une réponse très précise à la question qui inquiète tout le monde depuis dix ans, celle de l'après-Buffett.

3. Le chiffre qui compte : 19,7 % pendant soixante ans

En 1965, Buffett prend le contrôle d'une entreprise textile en difficulté du Massachusetts. En 2026, Berkshire fait partie des neuf entreprises américaines valorisées plus de 1 000 milliards de dollars, et c'est la seule du lot à ne pas opérer directement dans la technologie. Près de 400 000 salariés, 44,5 milliards de dollars de bénéfice opérationnel l'an dernier.

Le rendement annuel composé offert aux actionnaires sur la période : 19,7 %, près du double de celui du S&P 500.

Deux points de rendement annuel de plus qu'un indice, ça ne paraît pas énorme. Sur soixante ans, c'est un capital final plusieurs dizaines de fois supérieur. C'est toute la mécanique des intérêts composés, et c'est la première leçon : la durée fait plus que le taux.

La fortune de Buffett ne vient pas de coups géniaux. Elle vient d'un taux correct maintenu pendant une durée que presque personne ne tient.

4. Le paradoxe de 2026

L'année de la succession n'est pas une bonne année boursière pour Berkshire. L'action progresse d'environ 1 % depuis janvier, contre plus de 11 % pour le S&P 500, porté par l'intelligence artificielle.

Ce n'est pas nouveau. Berkshire a régulièrement sous-performé l'indice dans les phases d'euphorie technologique, avant de le rattraper largement dans les phases de correction. Buffett l'a toujours assumé : il ne cherche pas à suivre le marché, il cherche à ne pas perdre.

Pour un épargnant, c'est un rappel utile. Une stratégie qui sous-performe pendant une année, ou trois, n'est pas une stratégie cassée. Elle est peut-être simplement hors cycle. Le juger sur douze mois, c'est se tromper d'échelle.

5. Les 365 milliards qui attendent

Berkshire détient 365,5 milliards de dollars de liquidités. Le groupe a consacré 4,5 milliards à des rachats d'actions au deuxième trimestre, mais l'essentiel attend.

C'est le sujet numéro un pour Greg Abel, et il dit quelque chose de l'état du marché. Quand l'investisseur le plus patient du monde garde un tiers de sa valeur en cash, c'est qu'il ne trouve rien à acheter au prix qu'il juge raisonnable.

Ce n'est pas une prédiction de krach. Buffett a déjà eu tort sur le timing pendant des années. C'est une information sur la valorisation actuelle des actifs, à mettre en face des multiples élevés qu'on observe sur les valeurs technologiques.

6. Trois leçons pour ton portefeuille

La durée d'abord. 19,7 % pendant soixante ans bat n'importe quelle performance spectaculaire tenue trois ans. Ton PEA ouvert à 25 ans vaut plus que tes meilleures idées à 45.

La succession se prépare. Buffett a mis dix ans à organiser la sienne, en séparant explicitement l'opérationnel de la culture. À ton échelle, cela s'appelle une clause bénéficiaire à jour, un conjoint qui sait où sont les comptes, et un mot de passe de portefeuille crypto qui ne meurt pas avec toi.

Le cash n'est pas de la paresse. Garder des liquidités quand rien n'est à un prix raisonnable est une décision d'investissement, pas une absence de décision. La difficulté est de la tenir quand tout le monde autour gagne de l'argent.

Conclusion

La succession de Buffett est un cas d'école de gouvernance : le pouvoir de décision à un professionnel, le pouvoir moral à la famille, et un fondateur qui reste sans commander.

Mais la leçon la plus utile n'est pas là. Elle tient dans un chiffre et une durée : 19,7 % pendant soixante ans. Personne ne t'apprendra à faire 19,7 %. Tout le monde peut apprendre à tenir soixante ans.

Cet article n'est ni une recommandation d'achat ni un conseil personnalisé. Les chiffres cités proviennent des communications de Berkshire Hathaway et d'estimations Bloomberg à la date de publication.

Mon avis

Nicolas Domnesques, conseiller en investissements financiers

Ayant construit deux sociétés, je mesure à quel point le retrait d'un fondateur est un moment fragile pour une entreprise. Ce que Buffett réussit ici, c'est une transition étalée sur des années, où chacun sait exactement ce qu'il ne décide pas. C'est cela qui rassure les actionnaires, bien plus qu'un nom de famille.

Sur les 19,7 %, une nuance que je donne toujours : une grande partie de cette performance a été construite quand Berkshire était encore une entreprise de taille modeste. Buffett lui-même répète depuis longtemps que la taille est l'ennemie du rendement. Ne projette pas ce taux sur l'avenir du groupe, ni sur ton propre portefeuille.

Quant aux 365 milliards de liquidités, je mets en garde contre la tentation de les imiter. Buffett peut attendre une occasion avec une montagne de cash. Un particulier qui sort du marché pour « attendre la baisse » rate le plus souvent la hausse qui la précède.

Questions fréquentes

Howard Buffett va-t-il gérer les investissements ?

Non. Il est président non exécutif, chargé de la culture et des valeurs. Les décisions d'investissement et la gestion opérationnelle relèvent de Greg Abel, directeur général depuis 2025.

Warren Buffett se retire-t-il complètement ?

Non. Il devient président émérite, reste administrateur et conserve sa position d'actionnaire. Il était encore à l'origine d'un investissement de 10 milliards dans Alphabet en juillet.

Pourquoi Berkshire sous-performe-t-elle en 2026 ?

L'action gagne environ 1 % contre plus de 11 % pour le S&P 500. Berkshire sous-performe régulièrement dans les phases d'euphorie technologique et rattrape dans les corrections. C'est structurel, pas accidentel.

Que signifient 365 milliards de liquidités ?

Que le groupe ne trouve pas d'actifs à un prix qu'il juge raisonnable. C'est une information sur les valorisations actuelles, pas une prédiction de krach.

Peut-on acheter Berkshire dans un PEA ?

Non, c'est une société américaine. L'accès passe par un compte-titres, avec le prélèvement forfaitaire unique à 31,4 % ou l'option pour le barème.

Quelle est la leçon principale pour un particulier ?

La durée. Un rendement de 19,7 % par an est hors de portée, mais soixante ans de discipline ne le sont pas. Ouvrir tôt et tenir longtemps compte plus que le talent.

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