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Anthropic vs OpenAI : mon avis sur les deux plus grosses IPO de la décennie chiffres, valorisations, et ce que ça change pour un investisseur français
Ce que je regarde avant de mettre le moindre euro sur une méga-IPO de l'IA. Et pourquoi le prix du premier jour ne dit rien de la valeur.
Les deux laboratoires ont déposé un projet de S-1 confidentiel auprès de la SEC en juin 2026. Sur le deuxième trimestre, la hiérarchie s'est inversée : 11,5 milliards de dollars de revenus pour Anthropic contre 6,7 milliards pour OpenAI. Mais la vraie question n'est pas de savoir qui gagne, c'est le prix demandé. Et le précédent SpaceX rappelle qu'une prime de rareté peut être rendue en huit semaines.
| Chiffre d'affaires T2 2026 | 11,5 Md$ pour Anthropic, 6,7 Md$ pour OpenAI |
| Croissance séquentielle | Environ +140 % contre +18 % |
| Modèle économique | API entreprise contre abonnements grand public |
| Dernières valorisations privées | 965 Md$ et 852 Md$ |
| Accès depuis la France | Compte-titres uniquement, PFU à 31,4 % |
| Dimensionnement | Poche satellite, jamais un fond de portefeuille |
Au sommaire
1. Où en sont les deux dossiers, concrètement
Depuis trois ans, le plus gros pari économique de la décennie n'avait pas de prix public. Les laboratoires d'IA étaient valorisés en privé, quelques fois par an, par une poignée de fonds qui se mettaient d'accord entre eux. À partir de cet automne, le marché va voter tous les jours.
Les deux sociétés ont déposé un projet de S-1 confidentiel auprès du régulateur américain en juin 2026. Un dépôt confidentiel n'est pas une introduction en Bourse : c'est l'ouverture d'une fenêtre d'examen par la SEC.
Côté Anthropic, Bloomberg rapporte que la société prépare un dépôt public et vise une opération d'une taille égale ou supérieure à celle de SpaceX, qui avait levé 75 milliards de dollars, portés à 86,2 milliards avec l'option de surallocation. Les présentations investisseurs récentes, menées par le directeur financier Krishna Rao, ont soigneusement évité la question de la valorisation.
Côté OpenAI, la directrice financière Sarah Friar a déclaré en interne que l'entreprise sera cotée en 2027, avec une possibilité d'accélérer si l'activité s'améliore. Les marchés de prédiction donnent environ 78 % de probabilité à un report en 2027 ou au-delà.
Le point contre-intuitif : l'entreprise que tout le monde considérait comme gagnante est aujourd'hui deuxième sur les chiffres qui intéressent le marché. Pendant que celle qui mène la course s'apprête à demander la valorisation la plus exigeante jamais tentée en Bourse.
2. Le match des chiffres
Le deuxième trimestre 2026 a inversé la hiérarchie.
| Indicateur | Anthropic | OpenAI |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires T2 2026 | ≈ 11,5 Md$ (préliminaire) | 6,7 Md$ |
| Croissance séquentielle | ≈ +140 % | +18 % |
| Revenu annualisé fin juillet | 65 Md$ | > 40 Md$ |
| Résultat opérationnel | Ajusté positif pour la première fois | Perte creusée de 9,3 à 12,3 Md$ |
| Marge brute sur l'inférence | D'environ 38 % à 70-85 % | −1,80 $ de perte par dollar de revenu |
Un contrepoint indispensable, que peu de titres reprennent : selon des documents consultés par Bloomberg, Anthropic a enregistré une perte nette d'environ 42 milliards de dollars en 2025, contre environ 8,3 milliards en 2024.
« Rentable » désigne ici un agrégat ajusté sur un trimestre, pas la réalité annuelle du compte de résultat.
3. Deux modèles économiques qui n'ont rien à voir
C'est là que se joue l'écart, plus que dans la qualité des modèles.
Environ 65 % des revenus d'OpenAI viennent d'abonnements grand public. Une base gratuite massive crée une notoriété inégalée, mais elle coûte de la puissance de calcul sans rien rapporter, et la conversion vers le payant reste difficile à 20 dollars par mois.
Entre 75 et 85 % des revenus d'Anthropic viennent d'appels API en entreprise. Pas de base gratuite géante à financer, et un produit qui s'installe directement dans le code et les chaînes d'intégration continue. Une fois là, le coût de changement n'a plus rien à voir avec celui d'un particulier qui change d'application de chat.
Le baromètre le plus parlant vient de Ramp, plateforme américaine de gestion des dépenses d'entreprise : en juillet 2026, 43,5 % des entreprises américaines payaient pour Anthropic, contre 39,7 % pour OpenAI.
Pour un investisseur, la traduction est simple : un revenu B2B récurrent avec des coûts de sortie élevés ne se valorise pas comme un abonnement grand public résiliable en deux clics. Mais l'inverse est vrai aussi : la croissance d'Anthropic repose sur une famille de produits très concentrée.
4. Le vrai sujet, ce n'est pas qui gagne. C'est le prix demandé
Dernières valorisations privées : 965 milliards de dollars pour Anthropic, sur un tour de 65 milliards en mai, et 852 milliards pour OpenAI, sur un tour de 122 milliards en mars.
Ce que le marché discute aujourd'hui : certains investisseurs d'Anthropic évoquent 2 000 milliards de dollars ou plus, étant précisé que les dirigeants n'ont fixé aucune cible, y compris en privé, selon le Financial Times. Un investisseur cité par le FT pousse jusqu'à 3 000 milliards en appliquant 30 fois les revenus. À titre de comparaison, Palantir et Nebius se sont traités autour de 55 fois les revenus cette année.
Pour OpenAI, Fidelity situe l'ancrage plutôt entre 700 et 800 milliards. C'est-à-dire en dessous de la valorisation de son dernier tour privé. Ce détail vaut tous les commentaires sur la guerre de l'IA.
Fais le calcul toi-même, c'est plus instructif que les gros titres. À 965 milliards pour 65 milliards de run rate, on est autour de 15 fois. À 2 000 milliards contre un run rate attendu de 100 à 120 milliards fin 2026, on retombe autour de 17 à 20 fois.
Le multiple n'est pas délirant selon les standards du secteur. Ce qui est exigeant, c'est le dénominateur : il suppose que le run rate attendu se matérialise réellement. La société demande au marché de financer un passage d'environ 47 à 200 milliards de revenus en à peine deux ans.
5. Ce que personne ne dit assez fort : regarde ce qui est arrivé à SpaceX
Il y a un précédent, il date de quelques semaines, et il est à la même échelle.
SpaceX a été introduite en juin autour de 1 770 milliards de dollars. Le titre est monté jusqu'à environ 2 500 milliards, porté par un flottant très réduit de l'ordre de 4 % du capital et par une allocation au retail montée jusqu'à 30 % de l'offre, avec une demande plus de quatre fois supérieure. Puis il est retombé vers 1 400 milliards après la première publication de résultats, avant de revenir autour de 1 750 milliards en août.
Traduction : toute la prime de rareté du premier jour a été rendue en huit semaines.
Ce n'est pas une prédiction sur Anthropic. C'est un rappel mécanique : sur une méga-IPO, un flottant étroit fabrique artificiellement de la rareté, et la première publication trimestrielle sert de test de réalité.
6. Les risques réels, des deux côtés
Côté Anthropic
La croissance est concentrée sur les usages développeurs. Le modèle phare coûte, selon le FT, plus de deux fois et demie le prix du modèle équivalent d'OpenAI, alors que des entreprises commencent à plafonner leurs dépenses d'IA ou à basculer vers des modèles moins chers, y compris chinois.
S'y ajoute une friction réglementaire et étatique : une interdiction temporaire décidée par le département du Commerce américain a pesé sur la croissance de juin, avant un rebond de l'activité selon des investisseurs.
L'intensité capitalistique est massive. Un seul accord de capacité de calcul avec SpaceX pourrait représenter des dizaines de milliards sur trois ans, et une ligne de crédit renouvelable supérieure à 10 milliards est en cours de finalisation.
Enfin, selon Reuters citant The Information, une structure d'actions à droits de vote multiples est envisagée pour permettre à Dario Amodei, qui détient environ 2 % du capital, et aux cofondateurs de garder le contrôle après l'introduction.
Un dernier point, révélé par CNBC : le prospectus devrait explicitement mentionner l'hostilité du public envers l'IA et les centres de données comme facteur de risque. Un sondage Gallup de mai indiquait que sept Américains sur dix s'opposaient à la construction d'un centre de données près de chez eux.
Côté OpenAI
Des pertes qui se creusent, une dépendance au grand public, la pression des modèles ouverts moins chers, et une séquence de départs d'exécutifs qui inquiète certains actionnaires : la responsable des revenus Denise Dresser après huit mois, Brad Lightcap après huit ans, Fidji Simo en juillet pour raisons de santé. La direction a répondu que ce niveau de rotation n'a rien d'atypique pour une société aussi exposée médiatiquement.
7. Comment y accéder depuis la France, et ce que ça change vraiment
C'est la partie que personne ne traite, et c'est pourtant celle qui te concerne directement.
Le PEA ne servira à rien. Une société cotée aux États-Unis n'est pas éligible. Tu passeras donc par un compte-titres ordinaire, avec le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % sur les plus-values, soit 12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux, sauf option pour le barème progressif.
Tu prends aussi un risque de change, puisque le titre sera libellé en dollars.
Surtout, tu n'auras pas d'allocation au prix d'introduction. Ce prix est réservé aux institutionnels et à une fraction du retail américain. Toi, tu achètes sur le marché, au premier jour ou après, au prix que fait le marché. La fameuse décote d'introduction, ce n'est pas la tienne.
Et non, ton ETF World ne te donnera pas automatiquement l'exposition. L'entrée dans les grands indices n'est ni immédiate ni automatique : elle dépend des règles de chaque fournisseur, flottant, ancienneté de cotation, critères de rentabilité pour le S&P 500. Aujourd'hui, l'exposition indirecte passe surtout par les actionnaires cotés d'Anthropic, Alphabet, Amazon, Salesforce, mais elle est diluée dans des groupes bien plus gros.
Dernier réflexe : méfiance absolue sur les offres « pré-IPO » qui circulent. Tant que le prospectus public n'est pas sorti, il n'existe pas d'action Anthropic ou OpenAI accessible normalement à un particulier français.
8. Comment dimensionner, si tu y vas quand même
Une ligne sans historique boursier, sans comptes audités publics à ce jour, sur un secteur où le seul comparable a fait plus ou moins 40 % en huit semaines, ce n'est pas un fond de portefeuille. C'est une poche satellite.
Le montant juste est celui dont une baisse de 50 % ne changerait strictement rien à ton plan patrimonial. Si ce montant te paraît ridicule, c'est le bon.
Attends le S-1 public. Ce sera la première vraie photo auditée. Deux passages à lire en priorité : les facteurs de risque, et la page qui met les engagements de capacité de calcul en face de la trajectoire de revenus.
Note aussi la date de fin de lock-up : c'est une arrivée d'offre programmée sur le marché, connue à l'avance.
Et si tu achètes au premier jour, utilise des ordres à cours limité. Sur ce type de séance, les écarts de cotation peuvent être violents.
9. Mon avis personnel
Sur l'exécution, le match est plié pour ce trimestre : Anthropic gagne sur le chiffre d'affaires, la croissance, la trajectoire de marge, l'adoption entreprise et le calendrier. Ce n'est pas une opinion, c'est de l'arithmétique.
Mais « qui arrive en Bourse en premier » et « qui est un bon investissement à ce prix » sont deux questions différentes. Anthropic gagne la première. La seconde dépend entièrement du chiffre qui sera imprimé sur le prospectus.
Ce qui me gêne dans le dossier Anthropic, ce n'est pas le multiple. C'est que le multiple ne paraît raisonnable qu'en utilisant un revenu futur que personne n'a encore encaissé, sur un secteur où le coût du calcul, la pression sur les prix et le climat réglementaire peuvent bouger vite. Un run rate, ce n'est pas un chiffre d'affaires : c'est l'annualisation d'une période courte. Flatteur à la hausse, brutal à la baisse.
Ce qui me gêne dans le dossier OpenAI, c'est l'ancrage de valorisation situé sous le dernier tour privé. Ceux qui ont souscrit à 852 milliards en mars n'ont pas encore digéré cette information.
Je n'achète pas le premier jour. Je lis le prospectus. Et je garde une taille de ligne petite. Je préfère rater les 30 premiers pourcents que prendre les 40 premiers pourcents de baisse sur une ligne mal calibrée.
Conclusion
Le compromis central de ces deux dossiers tient en une phrase : une croissance réellement exceptionnelle, face à un prix qui l'a déjà largement intégrée. Anthropic gagne le match opérationnel aujourd'hui, avec des chiffres qui ne se discutent pas. La vraie question n'est pas « est-ce une belle entreprise », mais « à quel prix ».
Le bon réflexe est donc simple : attendre le prospectus public, lire les facteurs de risque avant les gros titres, traiter ces lignes comme une poche satellite et non comme un socle, et calibrer un montant dont la division par deux ne te ferait pas changer de plan.
Les introductions en Bourse présentent des risques spécifiques : forte volatilité initiale, absence d'historique de cotation, information financière incomplète tant que le prospectus définitif n'est pas publié, risque de change pour un investisseur en euros, et fin de période de blocage pouvant peser sur le cours. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Mon avis
Nicolas Domnesques, conseiller en investissements financiers
Avant de te demander s'il faut acheter Anthropic ou OpenAI, regarde ce que tu détiens déjà. Si ton portefeuille repose sur un ETF monde, tu es déjà très exposé à l'IA : Nvidia, Microsoft, Alphabet et Amazon pèsent lourd dans l'indice, et ces trois derniers sont actionnaires de l'un ou l'autre laboratoire. Ajouter une ligne d'IPO par-dessus, ce n'est pas te diversifier, c'est doubler une conviction que le marché a déjà largement intégrée.
Le réflexe que j'applique aux introductions géantes est simple : me demander à qui l'opération profite le plus. Rarement aux acheteurs du premier jour.
Pour un investisseur de long terme, attendre ne coûte pas grand-chose. Si ces sociétés tiennent leurs promesses, elles entreront tôt ou tard dans les grands indices, donc dans ton ETF, avec quelques trimestres publiés de plus. Rater le premier mois de cotation n'a jamais ruiné un plan patrimonial.
Questions fréquentes
Anthropic est-elle rentable ?
Nuance importante : résultat opérationnel ajusté positif au deuxième trimestre 2026, mais perte nette d'environ 42 milliards de dollars en 2025 contre environ 8,3 milliards en 2024, selon des documents consultés par Bloomberg. Ce n'est pas la même chose.
Pourquoi OpenAI attend-elle 2027 ?
Sa directrice financière l'a formulé ainsi : l'introduction en Bourse est une étape de financement, pas une ligne d'arrivée, et le tour de 122 milliards levé en mars donne de la flexibilité. Autrement dit, il n'y a pas d'urgence de trésorerie.
Que faut-il surveiller dans les prochaines semaines ?
La publication du S-1 public, et dans ce document : la fourchette de prix, le pourcentage de capital réellement mis sur le marché, la structure de droits de vote, et le rapport entre engagements de calcul et revenus.
Peut-on loger ces titres dans un PEA ?
Non. Une société cotée aux États-Unis n'est pas éligible au PEA. Le compte-titres ordinaire est la seule voie, avec le prélèvement forfaitaire unique à 31,4 % ou l'option pour le barème.
Mon ETF World me donnera-t-il l'exposition ?
Pas automatiquement, ni immédiatement. L'entrée dans les grands indices obéit à des règles de flottant, d'ancienneté de cotation et parfois de rentabilité. Aujourd'hui, l'exposition indirecte passe surtout par Alphabet, Amazon et Salesforce, très diluée.
Que penser des offres pré-IPO qui circulent ?
Méfiance absolue. Tant que le prospectus public n'est pas publié, il n'existe pas d'action accessible normalement à un particulier français.
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