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Nike, moins 80 % depuis le sommet : ce que le départ de Mbappé cache, et ce qu'il révèle

Par Publié le Mis à jour le 10 min de lecture Article n°38

L'action clôture à 35,51 dollars le jour où Kylian Mbappé part chez On. Mais le vrai sujet n'est pas le joueur : c'est un titre qui a effacé plus de 200 milliards en cinq ans.

En bref

Nike a clôturé en baisse de 2,34 % à 35,51 dollars le 18 septembre, jour où Kylian Mbappé a annoncé quitter la marque pour On Holding après vingt ans. Mais le même jour, UBS et Telsey abaissaient leurs objectifs de cours pour des raisons de ventes, sans lien avec le joueur. Depuis son sommet de novembre 2021 à 179,10 dollars, le titre a perdu près de 80 % et quitte l'indice S&P 100 le 21 septembre.

Clôture du 18 septembre35,51 $, en baisse de 2,34 %
Sommet historique179,10 $ en novembre 2021
Baisse depuis le sommetPrès de 80 %, plus de 200 milliards de capitalisation effacés
Objectifs abaissésUBS de 48 à 42 $, Telsey de 47 à 44 $
Sortie d'indiceQuitte le S&P 100 le 21 septembre, reste dans le S&P 500
Départ de MbappéSponsoring personnel uniquement, Nike reste équipementier du Real et de la FFF

1. Ce qui s'est passé le 18 septembre

L'action Nike a clôturé en baisse de 2,34 %, à 35,51 dollars. Le même jour, Kylian Mbappé annonçait la fin de son contrat d'ambassadeur individuel avec la marque, qu'il portait depuis 2006, à neuf ans, pour rejoindre On Holding, la marque suisse soutenue par Roger Federer.

Le lien de cause à effet paraît évident. Il ne l'est pas.

Le 18 septembre, deux bureaux d'analystes ont aussi abaissé leur objectif de cours : UBS de 48 à 42 dollars, Telsey Advisory Group de 47 à 44 dollars. Les deux notes évoquent une dégradation des ventes mondiales, sans aucune référence au joueur. Il est impossible d'isoler la part de l'annonce dans la baisse du jour.

2. Pourquoi Mbappé n'est pas le sujet

La rupture ne concerne que le sponsoring personnel du joueur. Nike reste l'équipementier du Real Madrid et de la Fédération française de football. Autrement dit, Mbappé continuera de jouer en Nike les jours de match, et portera On en dehors.

Pour On, c'est une première historique : la marque n'avait aucune présence dans le football et prévoit ses premières chaussures dédiées en 2027, sous la direction de Thierry Henry, en charge du football chez On depuis 2025. L'accord inclurait une part en actions, ce qui explique en partie le choix du joueur.

Pour Nike, perdre un visage marketing de vingt ans est un coup symbolique. Mais un contrat d'ambassadeur ne pèse rien à l'échelle d'un groupe de cette taille. Le titre ne vaut pas 80 % de moins qu'en 2021 parce qu'un joueur change de sponsor.

Une star qui part fait la une. Des ventes qui reculent trimestre après trimestre font le cours.

3. La vraie histoire : cinq ans de chute

Depuis son sommet de novembre 2021, à 179,10 dollars, le titre a perdu près de 80 % de sa valeur. Plus de 200 milliards de dollars de capitalisation ont été effacés en cinq ans. Le cours est au plus bas depuis quatorze ans.

RepèreCours
Sommet, novembre 2021179,10 $
18 septembre 202635,51 $
Objectif UBS après révision42 $
Objectif Telsey après révision44 $

Une baisse de cette ampleur sur une marque mondiale de premier plan ne s'explique jamais par un événement. Elle s'explique par une succession de trimestres où les ventes déçoivent, les marges se compriment et la concurrence prend des parts. Le conseil d'administration, récemment renforcé par l'arrivée d'Alexandre Arnault, hérite d'un problème qui a cinq ans, pas cinq jours.

4. La sortie du S&P 100, et ce qu'elle implique

Nike quitte l'indice restreint S&P 100 le 21 septembre, une décision annoncée dès le 8 septembre, donc bien avant l'affaire Mbappé. La société reste en revanche dans le S&P 500.

Ce que ça implique concrètement : les fonds qui répliquent le S&P 100 doivent vendre leurs titres Nike. C'est une pression vendeuse mécanique, indépendante de toute analyse. À l'inverse, les fonds indexés sur le S&P 500 conservent leur position, à un poids réduit par la baisse du cours.

Une sortie d'indice est aussi un signal de marché : elle acte qu'une société n'appartient plus au cercle des toutes premières capitalisations. Elle ne dit rien de l'avenir, mais elle documente le présent.

5. Le piège de l'action qui a beaucoup baissé

C'est le moment où le raisonnement suivant apparaît : « Une marque mondiale à moins 80 %, c'est forcément une occasion. »

Ce raisonnement a un nom, le biais d'ancrage. Il consiste à évaluer un prix par rapport à un prix passé plutôt que par rapport à la valeur actuelle de l'entreprise.

Une action à moins 80 % n'est pas une décote. C'est un nouveau prix, qui peut être cher ou bon marché selon les bénéfices futurs. Les objectifs abaissés à 42 et 44 dollars indiquent que les analystes voient un potentiel, mais un potentiel modeste, et fondé sur un redressement qui reste à démontrer.

Trois questions avant d'envisager la ligne : les ventes ont-elles cessé de reculer, la marge se stabilise-t-elle, et qu'est-ce qui, concrètement, ferait revenir les clients. Tant que ces trois réponses sont incertaines, le prix passé n'a aucune importance.

6. Ce que ça dit de ton ETF

Si tu détiens un ETF S&P 500 ou MSCI World, tu as porté cette baisse. Mais tu l'as portée à un poids qui a diminué automatiquement à mesure que le cours reculait. C'est exactement ce que fait un indice pondéré par la capitalisation : il réduit tout seul l'exposition aux sociétés qui déclinent.

C'est aussi ce qui distingue un ETF d'un portefeuille de titres vifs. Quelqu'un qui détenait Nike en direct depuis 2021 a perdu 80 % sur cette ligne, et a dû décider seul, à chaque étape, de garder ou de vendre. L'indice a décidé pour lui, sans émotion, en réduisant progressivement le poids.

Conclusion

Le départ de Mbappé est une bonne histoire et une mauvaise explication. La vraie information du 18 septembre, ce sont deux objectifs de cours abaissés pour des ventes en recul, et une sortie d'indice décidée dix jours plus tôt.

Nike à moins 80 % pose une seule question utile : le redressement a-t-il commencé ? Tant que la réponse est non, le cours de 2021 ne sert à rien, sinon à alimenter le biais qui fait acheter trop tôt.

Cet article n'est ni une recommandation d'achat ni un conseil personnalisé. Les cours et objectifs cités sont ceux observés aux dates indiquées. Investir en actions comporte un risque de perte en capital.

Mon avis

Nicolas Domnesques, conseiller en investissements financiers

Nike fait partie de ces actions que l'on achète parce qu'on connaît la marque. C'est le biais de familiarité, et je le vois comme la porte d'entrée la plus fréquente vers le stock picking : on investit dans ce qu'on porte, ce qu'on boit, ce qu'on utilise. Connaître un produit ne dit pourtant rien de ses marges, de ses stocks ni de son prix en Bourse.

Le réflexe qui m'inquiète le plus sur une chute de cette ampleur, c'est la moyenne à la baisse sans thèse écrite. Racheter à chaque recul pour « baisser son prix de revient » donne l'impression d'agir, alors que tu augmentes simplement ton exposition à une entreprise dont les ventes reculent.

Je ne dis pas que le titre est cher ou bon marché. Je dis que ton prix d'achat n'intéresse pas le marché, et qu'il ne devrait pas guider tes décisions.

Questions fréquentes

Le départ de Mbappé a-t-il fait chuter Nike ?

Il a coïncidé avec une baisse de 2,34 %, mais le même jour UBS et Telsey abaissaient leurs objectifs pour des raisons de ventes, sans lien avec le joueur. La part de l'annonce dans la baisse est impossible à isoler.

Nike est-elle une opportunité à moins 80 % ?

Une baisse n'est pas une décote. Ce qui compte est le prix actuel rapporté aux bénéfices futurs. Tant que les ventes reculent et que le redressement n'est pas visible, le cours de 2021 est sans intérêt.

Que signifie la sortie du S&P 100 ?

Que les fonds répliquant cet indice doivent vendre leurs titres, ce qui crée une pression vendeuse mécanique. Nike reste dans le S&P 500, à un poids réduit.

Mbappé ne portera plus du tout Nike ?

Si, en match. Nike reste l'équipementier du Real Madrid et de l'équipe de France. La rupture ne concerne que le sponsoring personnel.

Mon ETF est-il touché ?

Oui, mais à un poids qui a diminué automatiquement avec la baisse du cours. C'est le mécanisme d'un indice pondéré par la capitalisation : il réduit seul l'exposition aux sociétés en déclin.

Que regarder avant d'envisager la ligne ?

Trois choses : si les ventes ont cessé de reculer, si la marge se stabilise, et ce qui ferait concrètement revenir les clients. Sans réponse claire, le prix passé ne compte pas.

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