Obligations
OAT à 5 % : faut-il prêter à l'État français ?
Mercredi 21 octobre 2026, le taux auquel la France emprunte sur dix ans a franchi 5 %, du jamais vu depuis juillet 2002. Mauvaise nouvelle pour les finances publiques, mais aussi une rémunération que l'épargnant n'avait pas vue depuis vingt-quatre ans.
Le 21 octobre 2026, le rendement de l'OAT à 10 ans a dépassé 5 % en séance, pour la première fois depuis juillet 2002, avec un écart d'environ 160 points de base sur l'Allemagne. La France emprunte désormais plus cher que l'Italie. Pour un particulier, prêter à l'État à 5 % est possible via un compte-titres, un fonds daté ou un ETF obligataire, mais il reste environ 3,4 % net après la flat tax de 31,4 %, à peine plus que l'inflation de 3,1 %. C'est intéressant si tu gardes jusqu'à l'échéance, risqué si tu dois revendre après une nouvelle hausse des taux.
| OAT 10 ans le 21 octobre | Au-dessus de 5 % en séance, 4,99 % à 11h15 |
| Dernière fois | Juillet 2002 |
| Bund allemand 10 ans | Environ 3,41 % |
| Écart France-Allemagne | Environ 160 points de base |
| BTP italien 10 ans | Environ 4,57 % |
| Net après flat tax de 31,4 % | Environ 3,43 % par an |
Au sommaire
1. Ce qui s'est passé mercredi 21 octobre
Mercredi 21 octobre 2026, en fin de matinée, le rendement de l'obligation française à dix ans, l'OAT, a franchi 5 %. Selon la dépêche Reuters reprise par Boursorama et Zonebourse, c'est la première fois depuis juillet 2002. Le taux a ensuite oscillé juste sous ce seuil, à 4,99 % vers 11h15, heure de Paris, en hausse de 7 points de base sur la journée. Le même jour, l'Allemagne empruntait à dix ans autour de 3,41 %. L'écart entre les deux, le fameux spread OAT-Bund, a touché environ 160 points de base, son plus haut niveau depuis la crise de la zone euro du début des années 2010.
Ce n'est pas un accident d'un jour. Lundi 19 octobre, après les violences du week-end en marge des manifestations, le taux avait déjà bondi de 15 points de base à 4,94 %, sa plus forte hausse en une séance depuis mars 2025 selon Trading Economics. Je t'en parlais mardi dans mon article sur la décision de Moody's attendue vendredi. Et début septembre, je décrivais déjà une France qui empruntait à 4,27 %, au plus haut depuis 2008 : on a pris près de trois quarts de point en sept semaines.
Curieusement, la Bourse de Paris a plutôt bien vécu la journée : le CAC 40 a fini en hausse de 1,06 %, à 7 922 points, porté par des résultats d'entreprises. Le stress est concentré sur la dette de l'État, et c'est elle qui m'intéresse ici, parce qu'elle touche directement ton épargne.
2. Pourquoi la France paie plus cher que l'Italie
Le chiffre qui m'a le plus frappé n'est pas le 5 %, c'est celui de l'Italie. Le 21 octobre, Rome empruntait à dix ans autour de 4,57 %, soit plus de 40 points de base de moins que Paris. Début août, d'après Zonebourse, les deux pays étaient encore à peu près au même niveau, autour de 4 %. Pendant des années, l'Italie était le mauvais élève de la zone euro. Aujourd'hui, les marchés jugent la signature française plus risquée.
Les raisons citées par les analystes sont connues, mais elles s'additionnent :
- Le budget 2027, toujours en discussion au Parlement, ne convainc pas les investisseurs sur la capacité à réduire le déficit avant la présidentielle d'avril 2027.
- Le climat social : les émeutes du 17 octobre et les nouvelles manifestations annoncées ont ravivé le doute sur la capacité du gouvernement à tenir ses économies.
- L'inflation : avec un pétrole cher lié aux tensions au Moyen-Orient, les prix ont augmenté de 3,1 % sur un an en France en septembre selon l'Insee, ce qui pousse tous les taux longs vers le haut. J'ai détaillé ce mécanisme dans mon article sur le pétrole à 110 dollars.
- Le volume à financer : l'Agence France Trésor prévoit d'émettre un montant record de 340 milliards d'euros d'obligations à moyen et long terme en 2027.
Le spread mesure précisément la part propre à la France : l'inflation et la BCE touchent aussi l'Allemagne, mais l'écart, lui, ne parle que de nous. Quand il s'élargit, c'est le marché qui facture le risque politique et budgétaire français.
3. Ce que veut vraiment dire un taux de 5 %
Un point de mécanique d'abord, parce qu'il trompe beaucoup de monde. Le « taux de l'OAT » n'est pas un taux qu'on te verse sur un livret. C'est le rendement à l'échéance : ce que tu gagnes par an si tu achètes l'obligation au prix du jour et que tu la gardes jusqu'à son remboursement. Le prix et le rendement bougent en sens inverse. Quand le taux monte, les obligations déjà émises perdent de la valeur, parce qu'elles versent un coupon moins attractif que les nouvelles.
Pour te donner un ordre de grandeur, voici ce que vaudrait une obligation à dix ans achetée 100 avec un coupon de 5 %, si les taux du marché changeaient juste après ton achat (calcul simplifié, coupon annuel) :
| Taux du marché | Prix d'une obligation 10 ans à 5 % | Prix d'une obligation 30 ans à 5 % |
|---|---|---|
| 4 % | 108,1 (+8,1 %) | 117,3 (+17,3 %) |
| 5 % | 100 | 100 |
| 6 % | 92,6 (-7,4 %) | 86,2 (-13,8 %) |
| 7 % | 86,0 (-14,0 %) | 75,2 (-24,8 %) |
La lecture est simple. Si tu gardes jusqu'à l'échéance, ces variations ne te concernent pas : l'État te rembourse 100 et tu as touché tes coupons. Si tu dois revendre avant, une hausse d'un point te coûte environ 7 % sur un dix ans, et presque le double sur un trente ans, qui rapportait autour de 5,5 % le 21 octobre. C'est ce qu'on appelle la duration, et c'est la notion que j'explique plus en détail dans mon article sur la courbe des taux.
Un taux à 5 % n'est une bonne affaire que pour celui qui peut attendre l'échéance. Pour celui qui devra revendre, c'est un pari sur la suite des taux.
4. Combien il te reste après impôt et inflation
5 % brut, c'est le chiffre des titres. Ce qui compte pour toi, c'est ce qui reste. Sur un compte-titres, les coupons d'une OAT sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026 (12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux). Voici la comparaison avec quelques placements sans risque, à partir des taux en vigueur en octobre 2026 et de l'inflation de septembre mesurée par l'Insee :
| Placement | Rendement brut | Net d'impôt | Après inflation (3,1 %) |
|---|---|---|---|
| Livret A | 1,70 % | 1,70 % | -1,4 point |
| Fonds euros (moyenne 2025) | Environ 2,6 % | Environ 2,2 % (17,2 % de prélèvements sociaux) | Environ -0,9 point |
| OAT 10 ans gardée à l'échéance (compte-titres) | Environ 5 % | Environ 3,43 % (flat tax 31,4 %) | Environ +0,3 point |
Deux enseignements. D'abord, l'OAT à 5 % est aujourd'hui le seul de ces placements qui protège à peu près ton pouvoir d'achat, à condition que l'inflation ne reste pas au-dessus de 3 % pendant dix ans. Ensuite, l'écart avec le Livret A est moins spectaculaire qu'il n'y paraît une fois l'impôt payé : sur 10 000 euros, les coupons représentent 500 euros par an, dont il te reste environ 343 euros, contre 170 euros d'intérêts nets sur un Livret A. Le Livret A, lui, reste disponible du jour au lendemain, sans risque de prix, et son taux devrait remonter au 1er février 2027 avec l'inflation.
5. Comment un particulier peut prêter à l'État
Tu as plusieurs portes d'entrée, qui ne se valent pas.
Acheter des OAT en direct. Les OAT ont une valeur nominale de 1 euro et se négocient sur un marché secondaire géré par Euronext, ouvert aux particuliers depuis un compte-titres ordinaire. C'est la seule façon de connaître exactement ton rendement si tu gardes jusqu'à l'échéance. Attention aux frais de courtage et à la liquidité, parfois faible sur certaines lignes : compare les conditions dans mon comparatif des comptes-titres. Les obligations ne sont pas éligibles au PEA.
Les fonds datés. Ils achètent un panier d'obligations qui arrivent toutes à échéance à une date fixée, et sont souvent logés en unités de compte dans une assurance-vie, avec la fiscalité avantageuse de l'enveloppe. Le rendement annoncé n'est pas garanti, les frais comptent beaucoup, et la plupart visent des obligations d'entreprises plutôt que d'État. J'ai listé les points à vérifier dans mon article sur les fonds datés.
Les ETF obligataires. Simples et peu chers, mais sans date d'échéance : leur valeur bouge en permanence avec les taux. Si les taux continuent de monter, tu encaisses une perte de prix, sans la certitude d'être remboursé à 100 à une date donnée.
Le fonds euros. C'est la façon indirecte et garantie de profiter de taux plus hauts. Les assureurs réinvestissent l'argent nouveau et les obligations arrivées à échéance aux taux du moment, mais cela se fait lentement, sur plusieurs années. Méfie-toi juste des bonus qui affichent des rendements trop beaux, comme je l'explique pour les fonds euros boostés.
6. Ce que je surveille d'ici la fin du mois
Trois rendez-vous peuvent faire bouger ce taux de 5 %. Vendredi 23 octobre au soir, Moody's rend sa décision sur la note de la France, aujourd'hui Aa3 avec perspective négative. Jeudi 29 octobre, la BCE se réunit, avec un taux de dépôt à 2,50 % depuis septembre et une inflation de 3,8 % en zone euro en septembre selon Eurostat. Et tout au long de la période, la suite de l'examen du budget 2027 et les manifestations annoncées pour les prochains week-ends.
Je regarde surtout le spread. Tant qu'il reste vers 150 à 160 points de base, le marché fait payer un risque France sans paniquer. Pour mémoire, son record date du 17 novembre 2011, à 225 points de base. S'il s'en approchait, ce serait un signal bien plus sérieux qu'un chiffre rond à 5 %.
Conclusion
Le passage de l'OAT à 5 % est d'abord un symptôme : celui d'un État qui doit payer de plus en plus cher pour financer sa dette, au point d'emprunter plus cher que l'Italie. Pour ton épargne, il a deux faces. Si tu détiens déjà des obligations longues ou des ETF obligataires, tu as perdu de la valeur. Si tu as de l'argent à placer pour dix ans sans en avoir besoin avant, tu peux verrouiller un rendement d'environ 3,4 % net de flat tax, qui couvre à peu près l'inflation actuelle. Ce n'est ni une aubaine ni un piège : c'est une brique de patrimoine qui se juge à ton horizon, pas au bruit du jour.
Cet article est pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les données de marché sont celles de la séance du 21 octobre 2026 et peuvent évoluer rapidement. Les calculs de prix sont simplifiés et donnés à titre d'illustration. Investir comporte un risque de perte en capital.

Mon avis
Nicolas Domnesques, conseiller en investissements financiers
Pendant des années, on me demandait où trouver du rendement sans risque. La réponse était : nulle part. Aujourd'hui, l'État français paie 5 % sur dix ans, et la question devient : est-ce trop beau pour être vrai ?
Ma lecture est nuancée. Je ne crois pas à un défaut de la France, mais je ne prétends pas savoir si 5 % est un sommet. Ce que je refuse, c'est d'acheter des obligations longues avec de l'argent dont on aura peut-être besoin dans deux ans : là, on ne prête plus, on spécule sur les taux.
Pour la partie vraiment longue d'un patrimoine, une poche obligataire tenue jusqu'à l'échéance retrouve un intérêt que je n'avais pas vu depuis le début de ma carrière. Le cœur de mon propre PEA reste en ETF, et je n'en change pas. Mais l'erreur que je vois le plus en ce moment, c'est l'inverse : de grosses sommes sur des livrets à 1,7 % qui perdent du pouvoir d'achat chaque mois.
Questions fréquentes
Pourquoi le taux de l'OAT à 10 ans a-t-il atteint 5 % ?
Parce que les investisseurs doutent de la capacité de la France à réduire son déficit avant la présidentielle de 2027, dans un climat social tendu, alors que l'inflation repartie à la hausse pousse tous les taux longs vers le haut. Le 21 octobre 2026, le taux a franchi 5 % en séance pour la première fois depuis juillet 2002.
Est-ce que la France emprunte plus cher que l'Italie ?
Oui. Le 21 octobre 2026, l'Italie empruntait à dix ans autour de 4,57 %, contre environ 5 % pour la France. Début août, les deux pays étaient encore à peu près au même niveau, autour de 4 %.
Comment acheter des OAT quand on est un particulier ?
Sur un compte-titres ordinaire, via ton courtier : les OAT ont une valeur nominale de 1 euro et se négocient sur un marché secondaire géré par Euronext. Elles ne sont pas éligibles au PEA. Tu peux aussi passer par des fonds datés ou des ETF obligataires, y compris en assurance-vie.
Combien rapporte une OAT à 5 % après impôt ?
Sur un compte-titres, les coupons sont soumis à la flat tax de 31,4 % en 2026. Un rendement de 5 % brut donne donc environ 3,43 % net par an, soit environ 343 euros nets par an pour 10 000 euros investis.
Peut-on perdre de l'argent avec une OAT ?
Si tu la gardes jusqu'à l'échéance, l'État te rembourse sa valeur nominale, sauf défaut de paiement. Si tu la revends avant, son prix dépend des taux du moment : une hausse d'un point fait perdre environ 7 % à une obligation à dix ans.
Le Livret A va-t-il augmenter avec les taux de l'État ?
Pas directement : sa formule dépend de l'inflation et du taux monétaire €STR, pas du taux de l'OAT. Il est à 1,70 % depuis le 1er août 2026 et devrait être révisé au 1er février 2027, avec une hausse attendue en raison de l'inflation.
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