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Auchan, Nestlé et ex-Leroy Merlin dépossédés en Russie : le risque pays expliqué par l'exemple

Par Publié le Mis à jour le 10 min de lecture Article n°49

D'une signature, Vladimir Poutine a placé sous contrôle russe les filiales de trois groupes européens restés dans le pays. Rester pour protéger ses actifs, ou partir quitte à tout perdre : la question n'avait pas de bonne réponse.

En bref

Par un décret signé le 17 septembre 2026, Vladimir Poutine a placé sous administration provisoire les filiales russes d'Auchan, de Nestlé et de Lemana Pro, l'ex-Leroy Merlin, confiées à une même société, L.E.V. Management. Le Kremlin invoque leur appartenance à des pays « inamicaux ». Paris dénonce une décision « sans justification ». Auchan y exploite environ 240 magasins et emploie plus de 33 000 personnes. Pour un investisseur, c'est une illustration brutale du risque pays, celui qu'aucune analyse d'entreprise ne permet d'anticiper.

DécretSigné le 17 septembre 2026
Entreprises viséesAuchan, Nestlé, Lemana Pro (ex-Leroy Merlin) et deux sociétés logistiques
Gestionnaire désignéL.E.V. Management, société enregistrée à Moscou
Justification du KremlinDes entreprises de pays « inamicaux »
Réaction de la FranceDécision « sans justification », appel à « revenir » dessus
PrécédentsUniper et Fortum, puis Danone et Carlsberg en 2023

1. Ce que dit le décret

Le jeudi 17 septembre 2026, Vladimir Poutine a signé un décret plaçant sous administration provisoire les actifs russes de plusieurs groupes européens : le distributeur français Auchan, le géant suisse de l'alimentation Nestlé et Lemana Pro, l'ancienne filiale russe de Leroy Merlin, ainsi que deux sociétés de logistique. Tous ces actifs sont confiés à une même société, L.E.V. Management, enregistrée à Moscou et dont l'actionnariat n'a pas été rendu public.

Le Kremlin a lui-même donné la raison : ces entreprises viennent de pays « inamicaux ». Son porte-parole, Dmitri Peskov, les accuse d'être impliquées « de la manière la plus active possible » dans des actions militaires contre la Russie. Dans le cas de Nestlé, une société logistique russe s'était plainte que le groupe avait cessé d'exporter la production locale et gelé ses investissements dans le pays.

La France dénonce une mise sous administration « sans justification » et appelle Moscou à revenir sur sa décision. Auchan a demandé des clarifications. Nestlé dit étudier les recours juridiques possibles.

2. Qui est touché, et combien

EntreprisePrésence en Russie
AuchanEnviron 240 magasins, dont 62 hypermarchés, et plus de 33 000 salariés
Nestlé6 usines, environ 7 000 salariés, autour de 1 % du chiffre d'affaires du groupe
Lemana Pro, ex-Leroy Merlin112 magasins ; Adeo avait déjà cédé le contrôle opérationnel fin 2023

Pour Auchan, groupe non coté contrôlé par la famille Mulliez, la Russie était un marché majeur. Pour Nestlé, c'est une activité devenue marginale : environ 1 % des ventes en 2026, contre 2 % en 2021. Les deux groupes avaient fait le choix de rester, en réduisant leur activité, pour continuer à fournir des produits alimentaires de base et protéger leurs salariés sur place.

3. Un mécanisme rodé depuis 2023

L'administration provisoire n'est pas une nouveauté. La Russie a créé ce mécanisme au printemps 2023 pour les actifs d'entreprises issues de pays jugés « inamicaux ». Les premiers visés ont été les énergéticiens Uniper et Fortum, puis, en juillet 2023, Danone et Carlsberg.

Dans la pratique, l'entreprise reste juridiquement propriétaire, mais elle perd le contrôle de la gestion et l'accès aux revenus. Danone et Carlsberg, qui négociaient alors leur sortie, ont fini par céder leurs activités à des acheteurs agréés par Moscou, au prix de lourdes dépréciations. Depuis fin 2022, toute sortie doit d'ailleurs être approuvée par les autorités russes, avec une forte décote imposée sur la valeur des actifs.

4. Rester ou partir : un dilemme sans bonne réponse

Depuis 2022, les entreprises occidentales présentes en Russie n'ont eu le choix qu'entre des mauvaises options.

StratégieExempleRésultat
Partir viteRenault, qui cède Avtovaz pour un rouble en 2022Environ 2,2 Md€ de dépréciation, avec une option de rachat sur six ans
Négocier une sortieDanone, CarlsbergPlacés sous administration provisoire en 2023, puis cédés avec de lourdes pertes
ResterAuchan, NestléPlacés sous administration provisoire en 2026

En Russie depuis 2022, la question n'était pas de savoir si on allait perdre, mais combien et quand.

Partir dès 2022 coûtait cher, mais au moins la perte était connue et la page tournée. Rester permettait de continuer à encaisser des revenus, avec un risque permanent de tout perdre d'une signature. C'est ce risque qui vient de se matérialiser.

5. Le risque pays, ce qu'aucune analyse ne voit

Le risque pays regroupe tout ce qui peut arriver à une entreprise parce qu'elle opère dans un pays donné : expropriation, contrôle des capitaux, sanctions, changement brutal des règles. Il n'apparaît dans aucun bilan et ne se modélise pas. Une filiale parfaitement rentable peut passer à zéro sans qu'aucun indicateur financier ne l'ait annoncé.

Il frappe aussi toutes les entreprises d'un pays en même temps. En mars 2022, le fournisseur d'indices MSCI a retiré la Russie de ses indices émergents à un prix proche de zéro. Les fonds investis en actions russes ont été suspendus, et leurs porteurs ont vu leur placement presque entièrement effacé.

6. Ce que ça change pour ton portefeuille

ExpositionCe que la Russie a coûté depuis 2022
Fonds investi uniquement en actions russesPerte quasi totale, fonds suspendus
ETF marchés émergentsLimité au poids de la Russie, autour de 3 % avant la guerre
ETF MSCI WorldRien : la Russie, pays émergent, n'en a jamais fait partie
Action NestléFaible : la Russie pèse environ 1 % du chiffre d'affaires

Ce tableau résume l'intérêt de la diversification géographique. Le risque pays est impossible à prévoir, mais il est possible d'en limiter l'effet : une catastrophe dans un pays ne coûte jamais plus que le poids de ce pays dans ton portefeuille.

Les placements concentrés sur un seul pays à risque, fonds pays ou marchés frontières, peuvent offrir des rendements élevés. Ils exposent aussi à ce scénario du tout ou rien. Leur place, s'ils en ont une, est une petite ligne que tu acceptes de perdre entièrement.

Conclusion

Le décret du 17 septembre achève de démontrer qu'en Russie, aucune stratégie ne protégeait vraiment les actifs occidentaux. Partir coûtait cher, négocier aussi, rester s'avère finalement le plus risqué.

Pour un épargnant, la leçon dépasse la Russie : le risque pays ne se prévoit pas, il se dilue. Un portefeuille réparti sur de nombreux pays ne t'empêche pas de subir ce genre de choc. Il garantit qu'il reste supportable.

Cet article n'est ni une recommandation d'investissement ni un conseil personnalisé. Les faits cités sont ceux rapportés à la date de publication. Investir comporte un risque de perte en capital.

Mon avis

Nicolas Domnesques, conseiller en investissements financiers

Au printemps 2022, une partie des particuliers se demandait s'il fallait acheter la Russie « à prix cassé ». Ce décret donne la réponse la plus brutale : quand un État décide que tes droits de propriété ne comptent plus, aucun prix n'est assez bas. Une décote se calcule, ce risque-là ne se calcule pas.

La leçon que j'en tire dépasse la Russie. Le risque pays se loge souvent là où on ne le cherche pas : dans un fonds émergents concentré sur deux ou trois pays, dans une obligation d'État à haut rendement, dans une entreprise très dépendante d'un seul marché étranger. Je ne conseille pas de fonds pays en ligne principale, et je regarde toujours la répartition géographique réelle d'un fonds, pas son nom.

Une large diversification ne te rend pas invulnérable. Elle fait en sorte qu'un pays fragile ne puisse pas, à lui seul, décider de ton patrimoine.

Questions fréquentes

Que signifie « administration provisoire » ?

L'État russe désigne un gestionnaire qui prend le contrôle des opérations de la filiale. L'entreprise reste juridiquement propriétaire, mais perd la gestion et l'accès aux revenus.

Quelles entreprises sont concernées ?

Les filiales russes d'Auchan, de Nestlé et de Lemana Pro, l'ex-Leroy Merlin, ainsi que deux sociétés de logistique, confiées à la société L.E.V. Management par un décret du 17 septembre 2026.

Pourquoi la Russie fait-elle cela ?

Le Kremlin invoque leur appartenance à des pays « inamicaux ». Dans le cas de Nestlé, une société russe s'était plainte de l'arrêt des exportations et du gel des investissements.

Les actionnaires de Nestlé sont-ils fortement touchés ?

L'impact est limité : la Russie représente environ 1 % du chiffre d'affaires du groupe en 2026. Auchan, lui, n'est pas coté en Bourse.

Les ETF émergents contiennent-ils encore la Russie ?

Non. MSCI a retiré la Russie de ses indices émergents en mars 2022, à un prix proche de zéro. Elle n'a jamais fait partie du MSCI World.

Comment se protéger du risque pays ?

En diversifiant géographiquement. Une catastrophe dans un pays ne coûte jamais plus que le poids de ce pays dans ton portefeuille.

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