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Assurance-vie

Fiscalité des rachats d'assurance-vie : combien tu paies vraiment quand tu retires

Par Publié le 10 min de lecture Article n°73

Beaucoup d'épargnants n'osent pas toucher à leur assurance-vie de peur de « tout perdre » au fisc. En réalité, seule une petite partie de chaque retrait est taxée, et le calendrier compte plus que le montant.

En bref

Lors d'un rachat d'assurance-vie, seule la part de gains contenue dans le retrait est imposée, jamais le capital versé. Avant 8 ans, ces gains supportent 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 30 %. Après 8 ans, un abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) s'applique sur les gains, puis le taux tombe à 7,5 % tant que tes versements ne dépassent pas 150 000 €. Les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus dans tous les cas : l'assurance-vie a échappé à la hausse à 18,6 % de 2026. En étalant tes retraits sur plusieurs années, tu peux souvent ramener l'impôt sur le revenu à zéro.

Ce qui est taxéLa part de gains du retrait, pas le capital
Avant 8 ans12,8 % + 17,2 % de prélèvements sociaux = 30 %
Après 8 ansAbattement 4 600 € (9 200 € en couple), puis 7,5 %
Seuil12,8 % sur la part liée aux versements au-delà de 150 000 €
Prélèvements sociaux 202617,2 %, toujours dus, sans abattement
Levier principalÉtaler les rachats sur plusieurs années civiles

1. Le principe : seule la part de gains est imposée

Quand tu retires de l'argent d'une assurance-vie, on parle de rachat. Le mot vient du droit des assurances : tu « rachètes » une partie de ton contrat à l'assureur. Le point qui rassure le plus en rendez-vous, c'est celui-ci : le capital que tu as versé n'est jamais taxé. Seule la fraction du retrait qui correspond aux intérêts et aux plus-values entre dans le calcul de l'impôt.

Autre bonne nouvelle : tant que tu ne retires rien, tu ne paies pas d'impôt sur le revenu. Les gains s'accumulent à l'abri, ce qui fait de l'assurance-vie une enveloppe de capitalisation au même titre que le PEA (j'ai comparé les deux dans PEA ou assurance-vie : lequel choisir). La seule exception concerne le fonds euros, sur lequel les prélèvements sociaux sont retenus chaque année au moment où les intérêts sont inscrits sur le contrat.

Le calcul de l'impôt dépend ensuite de trois choses : l'ancienneté du contrat (moins ou plus de 8 ans), la date de tes versements (avant ou après le 27 septembre 2017) et le montant total de tes versements (le seuil de 150 000 €).

2. Comment calculer la part de gains d'un rachat partiel

Tu ne choisis pas de retirer « d'abord ton capital ». Chaque rachat partiel contient une part de capital et une part de gains, dans la même proportion que celle du contrat au jour du retrait. La formule est simple :

Gains imposables = montant du rachat − (total des versements × montant du rachat / valeur du contrat)

Prenons un exemple. Tu as versé 100 000 €, ton contrat vaut aujourd'hui 130 000 € et tu retires 20 000 €. La part de capital vaut 100 000 × 20 000 / 130 000, soit 15 385 €. Les gains imposables sont donc de 4 615 €, environ 23 % du retrait. C'est ce montant, et lui seul, que l'on va taxer.

Tu n'as pas à faire ce calcul toi-même : l'assureur le fait et l'indique sur l'IFU (imprimé fiscal unique) qu'il t'envoie au printemps de l'année suivante. Mais le connaître te permet d'anticiper. Si ton contrat est en moins-value, le retrait ne contient aucun gain : ni impôt, ni prélèvements sociaux, mais la perte n'est pas déductible non plus.

3. Les taux selon l'ancienneté et la date des versements

L'ancienneté se compte à partir de la date d'ouverture du contrat, et tous les versements en profitent, y compris ceux faits des années plus tard. C'est pour ça qu'on conseille souvent d'ouvrir un contrat tôt, même avec une petite somme, pour « prendre date ».

Pour l'immense majorité des épargnants, les versements récents (depuis le 27 septembre 2017) relèvent du prélèvement forfaitaire unique. Les versements plus anciens gardent l'ancien régime du prélèvement forfaitaire libératoire. Voici le tableau, à jour en octobre 2026 :

Ancienneté du contratVersements depuis le 27/09/2017Versements du 26/09/1997 au 26/09/2017
Moins de 4 ans12,8 % ou barème35 % ou barème
De 4 à 8 ans12,8 % ou barème15 % ou barème
Plus de 8 ansAbattement, puis 7,5 % (versements jusqu'à 150 000 €) et 12,8 % au-delà, ou barèmeAbattement, puis 7,5 % ou barème
Prélèvements sociaux17,2 % dans tous les cas, sans abattement

Les taux de 12,8 % et 7,5 % ne concernent que l'impôt sur le revenu. Il faut toujours y ajouter les prélèvements sociaux. Avant 8 ans, la fiscalité totale ressort donc à 30 % des gains (12,8 % + 17,2 %).

4. Après 8 ans : l'abattement et le seuil de 150 000 €

Passé le huitième anniversaire du contrat, tu bénéficies chaque année d'un abattement de 4 600 € sur les gains si tu es célibataire, 9 200 € pour un couple marié ou pacsé soumis à imposition commune. Il porte sur les gains, pas sur le montant retiré, il s'apprécie au niveau du foyer fiscal tous contrats confondus, et il ne se reporte pas : ce qui n'est pas utilisé dans l'année est perdu.

Au-delà de l'abattement, les gains sont taxés à 7,5 % tant que tes versements restent sous 150 000 €. Ce seuil se calcule par assuré, sur l'ensemble de ses contrats d'assurance-vie et de capitalisation, en retenant les primes versées et encore investies au 31 décembre de l'année qui précède le rachat. Si tu as versé plus, la fraction des gains qui correspond à l'excédent est taxée à 12,8 %.

L'abattement ne se reporte pas. Un rachat bien découpé sur plusieurs années civiles peut coûter zéro euro d'impôt sur le revenu, là où un gros retrait d'un coup en coûte plusieurs centaines.

Reprenons l'exemple de la partie 2 (4 615 € de gains, contrat entièrement investi en unités de compte), pour voir ce que coûte le même retrait de 20 000 € selon la situation :

SituationImpôt sur le revenuPrélèvements sociauxTotal
Contrat de moins de 8 ans591 € (12,8 %)794 €1 385 €
Plus de 8 ans, personne seule1 € (7,5 % sur 15 € après abattement)794 €795 €
Plus de 8 ans, couple0 €794 €794 €

Deux enseignements. D'abord, après 8 ans, l'impôt sur le revenu devient souvent marginal sur des retraits raisonnables. Ensuite, les prélèvements sociaux, eux, ne disparaissent jamais : ils sont dus même quand l'abattement efface tout l'impôt. Si ton contrat est sur le fonds euros, une partie a déjà été payée chaque année, et il ne reste pas grand-chose à régler au moment du retrait.

5. Prélèvement à la source, déclaration et cas particuliers

Au moment du rachat, l'assureur retient un acompte d'impôt sur les gains : 12,8 % avant 8 ans, 7,5 % après 8 ans, sans tenir compte de l'abattement. Ce n'est pas l'impôt définitif. L'administration refait le calcul l'année suivante avec ta déclaration, applique l'abattement et le seuil de 150 000 €, puis te rembourse le trop-perçu ou te réclame le complément. Avant 8 ans, tu peux demander à l'assureur une dispense d'acompte si ton revenu fiscal de référence est inférieur à 25 000 € (50 000 € pour un couple).

Sur la déclaration, les montants sont normalement préremplis à partir de l'IFU. Vérifie-les : les gains de plus de 8 ans issus des versements récents figurent en case 2UU (ventilés en 2VV pour la part à 7,5 % et 2WW pour la part à 12,8 %), ceux de moins de 8 ans en 2ZZ, et l'acompte déjà payé en 2CK. Si tu oublies la case 2CK, tu paies deux fois.

Tu peux aussi opter pour le barème progressif en cochant la case 2OP. Attention, l'option est globale : elle s'applique à tous tes revenus de capitaux mobiliers et plus-values de l'année (dividendes, intérêts, plus-values du compte-titres). Elle n'a d'intérêt que si ta tranche marginale est à 0 % ou 11 %. Nouveauté de la loi de finances 2026 (voir ce que la loi de finances change pour ton épargne) : pour les revenus perçus à partir de 2026, ce choix n'est plus irrévocable, tu pourras y renoncer après coup.

Enfin, l'impôt sur le revenu est effacé (pas les prélèvements sociaux) si le rachat suit, pour toi ou ton conjoint, l'année même ou l'année précédente : un licenciement avec inscription comme demandeur d'emploi, une mise à la retraite anticipée, une invalidité de 2e ou 3e catégorie, ou la liquidation judiciaire d'une activité non salariée. La rupture conventionnelle et la démission n'en font pas partie.

6. Quatre façons de payer moins sur tes retraits

Découper tes rachats sur plusieurs années. Après 8 ans, c'est l'arme principale. Si tu as besoin de 40 000 € pour un projet en début d'année prochaine, un premier retrait en décembre et un second en janvier consomment deux abattements au lieu d'un. Certains contrats proposent aussi des rachats partiels programmés, pratiques pour compléter un revenu.

Purger les gains chaque année. Une technique connue consiste à racheter juste ce qu'il faut pour réaliser environ 4 600 € (ou 9 200 €) de gains, puis à reverser la somme sur le contrat. Le compteur de gains latents redescend, sans impôt sur le revenu. Vérifie avant que ton contrat n'a pas de frais sur versements, sinon l'opération perd son intérêt.

Préférer l'avance au rachat pour un besoin temporaire. L'avance est un prêt de l'assureur garanti par ton contrat : pas de rachat, donc pas d'impôt, mais des intérêts à payer et une somme à rembourser. Utile pour faire la jonction entre deux opérations.

Ne pas casser un vieux contrat. Un contrat de plus de 8 ans vaut de l'or fiscalement. Si tu trouves de meilleurs frais ailleurs (le comparatif des meilleures assurances-vie aide à les repérer), ouvre le nouveau contrat à côté pour les versements futurs plutôt que de tout racheter. Et méfie-toi des offres d'appel du type fonds euros boostés qui poussent à déplacer ton épargne.

Conclusion

La fiscalité des rachats d'assurance-vie fait peur parce qu'elle a l'air compliquée, mais elle tient en trois idées : seule la part de gains est taxée, l'ancienneté de 8 ans ouvre un abattement annuel qui efface souvent l'impôt sur le revenu, et les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus quoi qu'il arrive. Le reste est une question de calendrier. Avant de retirer, demande à ton assureur la part de gains de ton contrat et regarde si tu peux étaler. C'est souvent là que se joue la différence.

Cet article est pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les règles fiscales citées sont celles en vigueur en octobre 2026 (loi de finances et loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026) ; ta situation personnelle peut les modifier. Investir comporte un risque de perte en capital.

Mon avis

Nicolas Domnesques, conseiller en investissements financiers

La question qu'on me pose le plus sur l'assurance-vie, c'est « si je retire, est-ce que je perds l'avantage fiscal ? ». La réponse est presque toujours non. L'erreur que je vois souvent est inverse : des gens qui gardent un découvert bancaire ou prennent un crédit à la consommation plutôt que de toucher à un contrat de dix ans dont le retrait leur coûterait quelques dizaines d'euros.

Mon réflexe est simple : avant tout retrait, je demande la part de gains du contrat et je regarde le calendrier. Après 8 ans, un rachat coupé entre décembre et janvier consomme deux abattements. Et je ne conseille jamais de fermer un vieux contrat pour en ouvrir un moins cher : l'ancienneté ne s'achète pas, on ouvre le second à côté et on garde le premier.

Questions fréquentes

Comment est imposé un retrait d'assurance-vie ?

Seule la part de gains contenue dans le retrait est imposée. Avant 8 ans, elle supporte 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. Après 8 ans, un abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) s'applique, puis un taux de 7,5 % jusqu'à 150 000 € de versements.

Quel est l'abattement sur une assurance-vie de plus de 8 ans ?

4 600 € de gains par an pour une personne seule et 9 200 € pour un couple marié ou pacsé soumis à imposition commune, tous contrats confondus. Il ne s'applique qu'à l'impôt sur le revenu, pas aux prélèvements sociaux, et il ne se reporte pas d'une année sur l'autre.

Les prélèvements sociaux de l'assurance-vie passent-ils à 18,6 % en 2026 ?

Non. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a porté les prélèvements sociaux à 18,6 % sur la plupart des revenus du capital, mais les produits d'assurance-vie et de capitalisation restent à 17,2 %.

Comment calculer la part de gains d'un rachat partiel ?

Gains = montant du rachat moins (total des versements × montant du rachat / valeur du contrat). Pour 20 000 € retirés d'un contrat de 130 000 € alimenté par 100 000 € de versements, les gains imposables sont d'environ 4 615 €.

Peut-on retirer de l'argent d'une assurance-vie sans payer d'impôt ?

Oui dans plusieurs cas : si les gains du retrait restent sous l'abattement après 8 ans, si le contrat est en moins-value, ou après un licenciement, une invalidité, une mise à la retraite anticipée ou une liquidation judiciaire. Les prélèvements sociaux restent dus sauf en cas de moins-value.

Où déclarer un rachat d'assurance-vie ?

Les montants sont préremplis à partir de l'IFU de l'assureur : case 2UU (ventilée en 2VV et 2WW) pour les gains de plus de 8 ans, 2ZZ pour ceux de moins de 8 ans, et 2CK pour l'acompte déjà prélevé, à vérifier pour ne pas payer deux fois.

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