Assurance-vie
Clause bénéficiaire d'assurance-vie : comment la rédiger sans te tromper
C'est la ligne la plus importante de ton contrat, et souvent celle qu'on remplit le plus vite. Quelques mots mal choisis suffisent à déshériter un partenaire de PACS ou à envoyer le capital dans la succession.
La clause bénéficiaire désigne qui reçoit le capital de ton assurance-vie à ton décès, hors succession. Pour bien la rédiger, identifie chaque personne sans ambiguïté (nom, prénom, date et lieu de naissance), répartis en pourcentages, prévois des rangs avec « à défaut » et termine par « à défaut, mes héritiers ». La clause standard « mon conjoint, à défaut mes enfants » ne protège ni un partenaire de PACS ni les enfants d'une famille recomposée. Côté fiscalité, les primes versées avant 70 ans profitent d'un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, celles versées après 70 ans d'un abattement global de 30 500 €, et le conjoint ou partenaire de PACS est exonéré. Tu peux modifier ta clause à tout moment par simple lettre, tant qu'aucun bénéficiaire ne l'a acceptée.
| Rôle | Désigner qui reçoit le capital, hors succession |
| Règle d'or | Identité complète, pourcentages, rangs « à défaut » |
| Dernier rang | « À défaut, mes héritiers » |
| Avant 70 ans | 152 500 € par bénéficiaire, puis 20 % et 31,25 % |
| Après 70 ans | 30 500 € pour tous, gains exonérés |
| Modification | À tout moment par lettre, sauf acceptation |
Au sommaire
- À quoi sert la clause bénéficiaire, et pourquoi elle compte autant
- Ce que dit la loi (et ce que contient la clause standard)
- Rédiger ta clause pas à pas
- La fiscalité au décès : avant ou après 70 ans
- Les options avancées : démembrement, acceptation, renonciation
- Faire vivre ta clause dans le temps
- Conclusion
- Mon avis
1. À quoi sert la clause bénéficiaire, et pourquoi elle compte autant
La clause bénéficiaire, c'est la phrase de ton contrat d'assurance-vie qui dit à qui l'argent sera versé à ton décès. Elle paraît anodine, on la coche souvent en deux secondes à l'ouverture du contrat. C'est pourtant elle qui décide, au final, de qui touche le capital, dans quelles proportions et avec quelle fiscalité.
Le point clé tient en une phrase : les capitaux versés à un bénéficiaire désigné ne font pas partie de ta succession. Ils échappent au partage entre héritiers et suivent une fiscalité propre, souvent bien plus douce que les droits de succession classiques. Si la clause est mal rédigée, ou si plus aucun bénéficiaire désigné n'est en vie, le capital retombe dans la succession et perd une bonne partie de cet avantage.
J'ai déjà détaillé ce qui se passe quand tu retires de l'argent de ton vivant dans mon guide sur la fiscalité des rachats d'assurance-vie. Ici, on parle de l'autre sortie du contrat, celle que tu ne verras pas, mais que tu prépares aujourd'hui.
2. Ce que dit la loi (et ce que contient la clause standard)
Le cadre est posé par l'article L132-8 du Code des assurances. Il permet de désigner un ou plusieurs bénéficiaires « déterminés », soit par leur nom, soit par une qualité suffisamment précise pour les identifier au jour du décès : « mes enfants nés ou à naître », « mes héritiers ». Le même article précise deux règles que beaucoup ignorent :
- « Mon conjoint » vise la personne mariée avec toi au moment du décès, pas celle avec qui tu étais marié en signant. Un partenaire de PACS ou un concubin n'est pas un conjoint : il faut le nommer.
- « Mes héritiers » reçoivent en proportion de leurs parts dans la succession, et gardent ce droit même s'ils renoncent à la succession.
La plupart des assureurs proposent par défaut une clause du type : « mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, par parts égales, à défaut mes héritiers ». Elle fonctionne bien pour une famille « classique » mariée avec des enfants communs. Elle devient bancale dès que ta situation sort de ce cadre : couple pacsé, famille recomposée, enfant que tu veux avantager ou protéger, envie de transmettre à des neveux ou à un ami.
La clause standard n'est pas mauvaise. Elle est simplement écrite pour une famille qui n'est peut-être pas la tienne.
3. Rédiger ta clause pas à pas
Voici les règles que j'applique quand je relis une clause avec un client.
Identifier sans ambiguïté. Pour une personne nommée, écris nom, prénom (nom de naissance pour une femme mariée si besoin), date et lieu de naissance. L'adresse aide l'assureur à la retrouver. Pour les membres de ta famille proche, une qualité (« mes enfants ») suffit et a l'avantage de s'adapter à une naissance future.
Répartir en pourcentages, jamais en euros. « 50 % à X, 50 % à Y » reste juste quel que soit le montant du contrat au décès. « 100 000 € à X, le solde à Y » peut laisser Y avec presque rien si le contrat a baissé.
Prévoir les rangs. Chaque « à défaut » crée un rang de secours si le premier bénéficiaire est décédé ou renonce. La mention « vivants ou représentés » permet aux petits-enfants de prendre la part d'un enfant décédé avant toi.
Finir par « à défaut, mes héritiers ». C'est le filet de sécurité qui évite que le capital retombe dans la succession, avec une fiscalité moins favorable.
Choisir le support. La clause peut être écrite sur le bulletin de souscription, modifiée par avenant ou par simple lettre à l'assureur, ou figurer dans un testament (L132-8 cite l'avenant, la cession de l'article 1690 du Code civil et la voie testamentaire). Pour une clause longue ou sensible, la « clause libre » déposée chez un notaire garde ton choix confidentiel : tu indiques alors sur le contrat « selon clause déposée chez Maître X ».
| Situation | Piège de la clause standard | Formulation à envisager |
|---|---|---|
| Couple pacsé ou en concubinage | Le partenaire n'est pas un « conjoint » : il ne reçoit rien | Nommer le partenaire (identité complète), puis « à défaut mes enfants… » |
| Famille recomposée | « Mes enfants » exclut les enfants de ton conjoint | Nommer chacun des enfants, avec un pourcentage |
| Divorce après la souscription | Un ex-conjoint nommé par son nom reste bénéficiaire | Relire et réécrire la clause dès la séparation |
| Transmettre à un neveu, une nièce, un ami | Hors clause, ils paient jusqu'à 55 % ou 60 % de droits de succession | Les nommer pour profiter de l'abattement de 152 500 € |
| Bénéficiaire mineur ou fragile | Capital versé sur un compte géré par l'autre parent ou un tuteur | Clause chez un notaire, éventuellement démembrée ou avec administrateur désigné |
4. La fiscalité au décès : avant ou après 70 ans
La clause décide de qui reçoit. L'âge auquel tu as versé l'argent décide de combien il paie. Ces règles n'ont pas bougé en 2026 : les députés ont encore rejeté, le 16 octobre 2026, cinq amendements au projet de budget 2027 qui voulaient alourdir la taxation des contrats transmis au décès (France Épargne, 18 octobre 2026). Le texte doit maintenant passer au Sénat.
Primes versées avant 70 ans (article 990 I du CGI). Chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 €, tous contrats du même assuré confondus. Au-delà, il paie 20 % jusqu'à 700 000 € de part taxable, puis 31,25 %. Gains et versements sont pris ensemble.
Primes versées après 70 ans (article 757 B). Un abattement unique de 30 500 €, partagé entre tous les bénéficiaires. Au-delà, les primes versées (pas les gains, qui sont exonérés) supportent les droits de succession classiques, après l'abattement personnel de chaque héritier.
Conjoint et partenaire de PACS sont totalement exonérés, quel que soit le montant (loi TEPA de 2007, article 796-0 bis du CGI).
| Bénéficiaire | Primes versées avant 70 ans | Primes versées après 70 ans |
|---|---|---|
| Conjoint marié ou partenaire de PACS | Exonéré | Exonéré |
| Enfant | 152 500 € d'abattement, puis 20 % et 31,25 % | 30 500 € partagés, puis droits de succession sur les primes (après 100 000 € d'abattement en ligne directe) |
| Neveu, nièce | 152 500 € d'abattement, puis 20 % et 31,25 % | 30 500 € partagés, puis 55 % sur les primes (après 7 967 €) |
| Ami, concubin | 152 500 € d'abattement, puis 20 % et 31,25 % | 30 500 € partagés, puis 60 % sur les primes (après 1 594 €) |
Un exemple. Tu as 400 000 € sur un contrat alimenté avant 70 ans, au profit de tes deux enfants à parts égales. Chacun reçoit 200 000 €, déduit 152 500 € et paie 20 % sur 47 500 €, soit 9 500 €. Ajoute un troisième bénéficiaire, un petit-enfant par exemple, et chacun reçoit environ 133 333 € : plus personne ne paie rien. Le nombre de bénéficiaires est un levier aussi puissant que le montant versé.
5. Les options avancées : démembrement, acceptation, renonciation
La clause démembrée. Tu donnes l'usufruit du capital à ton conjoint et la nue-propriété à tes enfants. Concrètement, le conjoint touche l'argent et peut l'utiliser ; à son décès, les enfants récupèrent une créance sur sa succession égale au capital reçu, qui se déduit de l'actif taxable. C'est un outil puissant pour protéger le conjoint tout en réduisant la facture finale des enfants, mais il doit être rédigé avec un notaire ou un conseil, car les détails (qui place l'argent, quelles garanties) font toute la différence.
L'acceptation. Un bénéficiaire peut « accepter » le contrat, mais depuis la loi du 17 décembre 2007, cela exige ton accord, par avenant signé à trois ou par acte notarié ou sous seing privé notifié à l'assureur. Une fois accepté, tu ne peux plus changer de bénéficiaire ni, en pratique, retirer de l'argent sans son accord. Sauf cas très particulier, je déconseille de laisser faire.
La renonciation. Un bénéficiaire peut refuser le capital au décès. Sa part passe alors au rang suivant. C'est ce qui rend utiles les clauses bien étagées : un conjoint qui n'a pas besoin de l'argent peut renoncer au profit des enfants, qui bénéficieront chacun de leur propre abattement de 152 500 €.
6. Faire vivre ta clause dans le temps
Une clause se change à tout moment, tant qu'aucun bénéficiaire ne l'a acceptée. Fais-le par lettre recommandée avec accusé de réception à ton assureur, qui te renverra un avenant. Depuis un arrêt de la Cour de cassation du 3 avril 2025 (n° 23-13.803), une modification n'a plus besoin d'être arrivée chez l'assureur avant le décès pour être valable, mais l'assureur qui a payé de bonne foi l'ancien bénéficiaire reste libéré : autant envoyer ta lettre tout de suite.
Relis ta clause à chaque événement de vie : mariage, PACS, naissance, séparation, décès d'un proche. Pense aussi à informer tes bénéficiaires, ou au moins à laisser une trace du contrat dans tes papiers : l'assureur doit rechercher les bénéficiaires quand il apprend le décès, et tes proches peuvent interroger le fichier AGIRA, mais un capital dont personne ne connaît l'existence met plus de temps à arriver.
Enfin, la clause ne remplace pas une vraie réflexion sur la transmission. Si tu veux aider tes enfants de ton vivant, regarde aussi les donations, dont le régime pourrait évoluer en 2027 comme je l'explique dans mon article sur les dons d'argent en famille. Et si tu hésites encore sur l'enveloppe, PEA ou assurance-vie n'offrent pas du tout les mêmes armes au moment de transmettre.
Conclusion
Une bonne clause bénéficiaire tient en quelques lignes : des personnes clairement identifiées, des pourcentages, des rangs successifs avec « à défaut », et un dernier filet « mes héritiers ». Elle tient compte de ta situation réelle (PACS, famille recomposée, proches hors ligne directe) et de l'âge auquel tu verses. Prends dix minutes ce mois-ci pour ressortir tes contrats, y compris ceux ouverts il y a quinze ans, et vérifier ce qui y est écrit. Si tu choisis encore ton contrat, la qualité de l'assureur compte aussi : tu trouveras mes critères dans mon comparatif des meilleures assurances-vie.
Cet article est pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les règles citées sont celles en vigueur au 21 octobre 2026 ; pour une clause démembrée ou une situation familiale complexe, fais-toi accompagner par un notaire ou un conseiller. Investir comporte un risque de perte en capital.

Mon avis
Nicolas Domnesques, conseiller en investissements financiers
La clause bénéficiaire est le premier document que je demande quand un client me parle de transmission. Et c'est presque toujours la clause standard, signée il y a dix ou quinze ans sans y penser. Pour un couple marié avec des enfants communs, ça tient. Pour tous les autres, c'est souvent une bombe à retardement.
L'erreur que je vois le plus ? Le couple pacsé depuis des années, persuadé que « mon conjoint » le couvre. Ce n'est pas le cas. Juste derrière, l'ex-conjoint resté nommé sur un vieux contrat.
Mon conseil est simple : écris ta clause pour ta famille réelle, pas pour une famille type, et relis-la à chaque événement de vie. Ça prend dix minutes, et c'est probablement la décision patrimoniale la plus rentable que tu prendras cette année.
Questions fréquentes
Comment rédiger une clause bénéficiaire d'assurance-vie ?
Identifie chaque bénéficiaire sans ambiguïté (nom, prénom, date et lieu de naissance, adresse), indique sa part en pourcentage, prévois des bénéficiaires de second rang avec la mention « à défaut », et termine par « à défaut, mes héritiers » pour que le capital ne retombe jamais dans la succession.
Quelle est la clause bénéficiaire standard ?
La plupart des contrats proposent : « mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, par parts égales, à défaut mes héritiers ». Elle convient à un couple marié avec des enfants communs, mais elle exclut un partenaire de PACS, un concubin et les enfants du conjoint.
Un partenaire de PACS est-il concerné par « mon conjoint » ?
Non. Le conjoint est la personne mariée avec toi au moment du décès. Un partenaire de PACS doit être désigné nommément. Une fois désigné, il est totalement exonéré de fiscalité sur le capital reçu, comme un conjoint marié.
Comment modifier la clause bénéficiaire de son assurance-vie ?
Par lettre recommandée avec accusé de réception à l'assureur, qui établit un avenant, ou par testament. C'est possible à tout moment tant qu'aucun bénéficiaire n'a accepté le contrat avec ton accord.
Quel abattement pour les bénéficiaires d'une assurance-vie ?
Pour les primes versées avant 70 ans, 152 500 € par bénéficiaire, puis 20 % jusqu'à 700 000 € de part taxable et 31,25 % au-delà. Pour les primes versées après 70 ans, 30 500 € à partager entre tous les bénéficiaires, les gains étant exonérés. Ces règles sont inchangées en 2026.
Que se passe-t-il s'il n'y a pas de bénéficiaire ?
Si la clause est absente ou si tous les bénéficiaires désignés sont décédés, le capital entre dans la succession. Il est alors partagé selon les règles successorales et soumis aux droits de succession classiques, sans l'abattement de 152 500 €.
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